FR NL EN

Pourquoi un festival des jeux à Bruxelles ?

Le secteur du jeu en Belgique est en pleine ascension et tend à se professionaliser. Si de nombreuses initiatives locales se sont développées depuis quelques années, il manquait à Bruxelles, capitale de l’Europe, un événement populaire, festif et fédérateur, réunissant les différents acteurs du monde du jeu et capable, à terme, de rivaliser avec les manifestations ludiques qui ont vu le jour dans les grands pays voisins. L’équipe du Brussels Games Festival, rassemblée au sein de l’asbl LUDIRIS, s’est engagée à relever le défi.

Les acteurs du jeu de société moderne se battent au quotidien pour briser les idées reçues. De simple divertissement réservé aux enfants, ils se démènent pour faire reconnaître le jeu dans sa dimension culturelle et sociale. Le jeu de société moderne partage avec les autres arts cette capacité à « faire monde », à créer un système fictif qui est le reflet – réduit et/ou augmenté – de la réalité. Ce micro-monde est à même de réunir les imaginaires, tout comme l’histoire d’un film ou le souffle d’une musique réunissent leur public.

Il est bien loin le temps du Monopoly, du 1000 Bornes et du Trivial Poursuit. Plusieurs centaines de titre sortent par an (960 nouveautés recensées au dernier salon d’Essen en 2014), les styles se diversifient (du simple jeu d’ambiance au jeu de stratégie complexe), la création vive et très innovante est en plein essor, les produits sont de plus en plus soignés, la notion d’auteur de jeu se met en place, des théories s’élaborent, des musées et des collections voient le jour. Les salons se multiplient, certains comme en France (Festival International des Jeux à Cannes en février) ou en Allemagne (Internationale Spieltage à Essen en octobre) drainent des centaines de milliers de visiteurs venus du monde entier pour jouer à des jeux faits de bouts de carton et de cubes en bois qui repoussent toujours plus loin les limites de l’imagination des créateurs ! Créateurs dont les œuvres sont distinguées par des remises de prix prestigieux (Spiel des Jahre en Allemagne, As d’Or en France, notamment).

« Utilisé de manière adéquate, écrit Michel Van Langendonckt, président de Ludo asbl, le jeu nous construit, nous entretient, et au besoin, nous répare ; il est temps de le prendre au sérieux »

« Utilisé de manière adéquate, écrit Michel Van Langendonckt, président de Ludo asbl, le jeu nous construit, nous entretient, et au besoin, nous répare ; il est temps de le prendre au sérieux ». Le jeu devient un objet de recherche et intègre des programmes de formation au niveau académique. Une année de spécialisation en sciences et techniques du jeu a été créée à l’initiative conjointe de la Haute Ecole de Bruxelles-Defré et de la Haute Ecole Paul- Henri Spaak. Destinée en particulier aux diplômés du pédagogique, du social et du paramédical, cette formation diplômante reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles place le jeu au cœur de la pratique professionnelle.

LE JEU, CREATEUR DE LIEN SOCIAL

L’acte de jouer – sans doute parce qu’il est infiniment gratuit – nous nourrit d’un essentiel. Il nous relie à nous- mêmes et nous relie aux autres. Il épanouit notre enfant intérieur. Il nous ajuste par rapport à la loi. Il nous permet des chemins de créativité et de démocratie. Il nous fait découvrir une version miniature de la vie avec ses joies et ses peines, avec ses règles et sa discipline, avec ses compromis et ses frustrations. Jouer, c’est donc se rencontrer, c’est tisser des liens, c’est essayé des registres inattendus.

...

Aujourd’hui plébiscité comme créateur de lien social, le jeu peut représenter un atout non négligeable pour les pouvoirs publics dans leurs soutiens aux politiques d’intégration et de cohésion sociale. Le jeu est une valeur universellement partagée. Le jeu rassemble, il est convivial, populaire, il se pratique entre amis ou en famille, dans l’intimité de la maison ou dans les espaces publics, il se transporte aisément, et contrairement à bien d’autres loisirs, il est peu onéreux. Le jeu permet aux jeunes de se construire en sortant du cadre purement scolaire, il stimule les rencontres intergénérationnelles et interculturelles par une activité de loisirs partagés.

UN PROJET SOCIO-LUDIQUE

Jouer est un droit fondamental et universel. Il doit être accessible à tous. Tous les opérateurs culturels sont confrontés à la question des publics et à la manière dont les personnes qui les composent réagissent ou non à l’offre programmée. Entre sensibilisation, facilitation de l’accès à la culture et participation, l’animation socio-ludique fournit un éventail d’outils, d’expériences et de réflexions pour mieux appréhender la réalité des personnes hors-champ des institutions dédiées à la culture. Le jeu crée des opportunités de rencontres et d’échanges, dans une ambiance détendue et conviviale, sans obligations, contribuant à réduire les barrières culturelles, socioéconomiques, psychologiques, linguistiques ou encore physiologiques (handicap).

Mais comme toute production culturelle, le jeu a aussi son langage, sa grammaire qui permet de « lire le monde ». Or l’accès à ce langage n’est pas inné, il est le fruit d’une éducation, d’un apprentissage, tout comme l’accès à un spectacle de danse, la lecture d’un roman ou la compréhension d’une œuvre picturale. On pourrait, sans trop exagérer, parler de « fracture ludique », en ce sens que le non accès au jeu concret, socialisant et partagé pourrait devenir à terme un élément discriminant. Le jeu de société, comme produit culturel, a aussi besoin de médiateurs, ou en terme plus poétique, de « passeurs de jeux ». Le Brussels Games Festival est résolument tourné vers les publics et les groupes sociaux situés en marge de l’offre culturelle et pour lesquels la « démarche ludique » n’est pas forcément naturelle ou spontanée.